Joseph Kabila : de la rébellion au pouvoir, puis du pouvoir à la rébellion
L’histoire politique de la RDC réserve une trajectoire singulière : celle de Joseph Kabila Kabange. Apparu au milieu des années 1990 comme un jeune commandant discret dans les rangs de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) dirigée par son père Laurent-Désiré Kabila, il participe activement à la campagne militaire qui renverse le maréchal Mobutu Sese Seko en 1997.
Promu général-major au sein des nouvelles Forces armées congolaises (FAC), il se retrouve sur le front lors des affrontements de la deuxième guerre du Congo, forgé par l’expérience du maquis et de l’appareil militaire. Le destin de Joseph Kabila bascule tragiquement le 16 janvier 2001 avec l’assassinat de son père.


Propulsé à la tête de l’État à seulement 29 ans, il devient le plus jeune chef d’État au monde et entreprend la conduite du pays pendant près de deux décennies. Son règne est marqué par la signature de l’accord global et inclusif instituant la transition « 1+4 », l’organisation des premières élections démocratiques multipartites en 2006, puis sa réélection contestée en 2011.


Après des années de tensions politiques autour de la fin de son second mandat constitutionnel, il orchestre en janvier 2019 la toute première alternance pacifique au sommet de l’État en cédant le pouvoir à Félix Tshisekedi, avant d’intégrer le Parlement en tant que sénateur à vie.

Cependant, la fragile coalition mise en place entre son regroupement politique et la nouvelle majorité vole en éclats dès la fin de l’année 2020. Isolé politiquement et voyant son influence s’effriter à Kinshasa, Joseph Kabila se retire progressivement du paysage institutionnel jusqu’à basculer dans une opposition frontale.
Condamné par contumace par la justice militaire congolaise et visé par des sanctions internationales pour ses liens supposés avec les groupes armés actifs dans l’Est du pays, il choisit de réapparaître au premier plan dans les zones sous contrôle rebelle.

L’aboutissement de cette mutation survient en octobre 2026 lorsque Joseph Kabila prend officiellement la présidence d’une nouvelle structure politico-militaire baptisée Front pour la refondation de la nation (FRN), née de la dissolution et du remplacement du M23 et de l’Alliance Fleuve Congo (AFC).
En affirmant sa volonté de renverser le pouvoir de Kinshasa, y compris par la force, l’ancien président boucle une boucle historique inédite : parti du maquis en 1996 pour conquerir le pouvoir, installé au sommet de l’État pendant dix-huit ans, avant d’en redevienir l’un des principaux chefs rebelles.
Michaella Banza

