Commune de Likasi : Anatomie d’un conflit de légitimité entre Olivier Kiboko et Banza Mwepu Leya
La commune de Likasi, pôle économique majeur de la ville de Likasi traverse une période de turbulence administrative inédite. Ce qui s’apparentait initialement à une simple procédure d’intérim a muté en une crise de légitimité profonde mettant aux prises le Bourgmestre titulaire Olivier Kiboko Munongo et son adjointe Banza Mwepu Leya.
Contrairement aux rumeurs de suspension, Olivier Kiboko Munongo n’a jamais été suspendu : il avait sollicité et obtenu de sa hiérarchie une mise en disponibilité administrative afin de se rendre en Belgique pour y suivre des soins médicaux appropriés. Durant cette absence médicale, la continuité du service public a été confiée à son adjointe, Banza Mwepu Leya, assurant l’intérim conformément aux textes régissant les entités territoriales décentralisées.

Loin de se cantonner à une gestion passive des affaires courantes, Banza Mwepu Leya a déployé une intense activité sur le terrain. Ses interventions directes dans le quartier makomeno sur les questions foncières, associées à sa présence constante lors des manifestations publiques et académiques (UNILI, ISTM, ISES) et au soutien de sa fondation (FBML), lui ont permis d’asseoir une véritable autorité de proximité. En occupant activement l’espace politique local, elle a progressivement ancré dans l’opinion l’image d’un leadership exécutif de plein exercice.
Le détonateur de la crise actuelle est survenu avec la réintégration officielle d’Olivier Kiboko Munongo, notifiée le 19 septembre 2026 par la cour d’appel du Haut-Katanga en lieu et place de la hiérarchie, en occurrence le gouverneur de la province du Haut-Katanga. Son retour (présumé) à la tête de la municipalité, censé rétablir l’ordre administratif initial, s’est immédiatement heurté à une structure de commandement réorganisée autour de son adjointe durant son absence. Il en résulte un chevauchement direct des prérogatives et un affrontement de légitimités entre le titulaire rétabli dans ses droits par la cour d’appel du Haut-Katanga et l’adjointe forte de ses récents succès de terrain.
Cette fracture est désormais matérialisée par une dualité physique inédite de l’espace de pouvoir, accentuée par les travaux de réhabilitation du bâtiment communal. Tandis que l’administration et l’ensemble des services communaux sont installés dans un nouveau bureau temporaire sous le contrôle direct de Banza Mwepu Leya, Olivier Kiboko Munongo occupe son ancien bureau officiel isolé à proximité immédiate du chantier de rénovation et déconnectée de l’appareil bureaucratique.

Cette dualité au sommet de l’exécutif communal engendre des répercussions directes sur la gouvernance locale et le quotidien des administrés. Au sein des services communaux, le personnel administratif fait face à un climat de méfiance et d’incertitude quant à la chaîne de décision. En parallèle, cette rivalité s’est déplacée sur le terrain de la communication, où les réseaux sociaux et groupes de discussion du Haut-Katanga sont devenus le centre de vives polemiques numériques entre les partisans d’Olivier Kiboko et celle de Banza Mwepu Leya.
Face à cette impasse qui menace de paralyser la gestion municipale, une médiation interne semble insuffisante pour apaiser les tensions. La résolution durable de ce conflit repose désormais sur un arbitrage ferme et formel de la tutelle provinciale du Haut-Katanga. Seule une clarification explicite des compétences et le rétablissement strict du découpage hiérarchique permettront de restaurer la sérénité administrative et la continuité du service public à la commune de Likasi.
Djho Mpoyi

