Haut-Katanga : Jacques Kyabula Katwe démissionne de ses fonctions de Gouverneur
C’est l’épilogue d’une longue période d’incertitude institutionnelle. Ce jeudi 21 mai 2026, Jacques Kyabula Katwe a officiellement remis sa démission de ses fonctions de Gouverneur de la province du Haut-Katanga. Dans une lettre officielle datée de ce jour et adressée directement à Son Excellence Monsieur le Président de la République, Chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à Kinshasa/Gombe, l’ancien chef de l’exécutif provincial met un terme à un mandat marqué par d’importants rebondissements politiques.
Dans sa lettre de démission, rédigée dans un style sobre et républicain, Jacques Kyabula Katwe justifie sa décision par son absence prolongée du chef-lieu de sa province. Une absence qu’il qualifie de « requise pour des raisons professionnelles et institutionnelles » à Kinshasa.

« Au cours des derniers mois, ma présence prolongée à Kinshasa (…) m’a éloigné de ma province dans un contexte particulièrement sensible sur le plan sécuritaire », écrit-il.
Le désormais ex-gouverneur reconnaît lucidement que cette situation de vacance prolongée au sommet de l’administration provinciale a suscité « des interrogations légitimes ainsi que des critiques » au sein de l’opinion publique et de la classe politique katangaise. Soucieux, dit-il, de préserver la sérénité des institutions et d’assurer le bon fonctionnement de la province, il a estimé qu’il était de son devoir de tirer toutes les conséquences politiques et administratives qui s’imposaient.
Derrière le ton courtois et formel de cette correspondance se cache une réalité politique beaucoup plus complexe. Élu pour la première fois à la tête du Haut-Katanga en 2019, Jacques Kyabula Katwe, d’abord sous la bannière du PPRD avant de créer son propre parti (Action pour la rupture et le développement – ARDev) et de rallier l’Union Sacrée, naviguait en eaux troubles depuis de longs mois.

Depuis sa convocation à Kinshasa par le ministère de l’Intérieur pour des consultations, la province du Haut-Katanga vivait sous un régime d’intérim de fait. Cette absence prolongée avait poussé plusieurs forces politiques locales et mouvements citoyens à dénoncer une violation des textes et un abandon de la province, poumon économique de la RDC, alors confrontée à d’importants défis sécuritaires et socio-économiques.
En choisissant la voie de la démission volontaire plutôt que de subir une procédure de destitution par l’Assemblée provinciale ou une révocation formelle, Jacques Kyabula choisit de préserver son avenir politique.
Malgré cette sortie forcée par la force des événements, Jacques Kyabula Katwe prend soin de réaffirmer sa loyauté totale envers le Chef de l’État. Il se dit « profondément attaché à la vision de stabilité, de paix et de développement » incarnée par Félix Tshisekedi.

L’épitaphe de sa lettre ouvre d’ailleurs clairement la porte à une reconversion dans les instances nationales : il se déclare « disposé à servir la République sous toute autre forme que vous jugerez utile ».
Avec cette démission, une page politique majeure se tourne pour la province du Haut-Katanga. La Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) devrait, dans les prochains jours, fixer l’opinion sur l’organisation d’un nouveau scrutin pour élire celui ou celle qui aura la lourde tâche de présider aux destinées de cette province hautement stratégique.
Djho Mpoyi

