Jacques Kyabula – Richard Muyej : Même scénario, même fin
L’ombre de Richard Muyej planait sur Jacques Kyabula depuis un bon moment. La démission officielle de Jacques Kyabula Katwe de ses fonctions de gouverneur du Haut-Katanga, survenue le jeudi 21 mai 2026, marque un tournant politique délicat. Si l’événement secoue l’espace katangais, il rappelle un précédent historique indissociable : la démission de Richard Muyej Mangeze Mans, emblématique gouverneur de la province voisine du Lualaba, en janvier 2023.
En analysant ces deux trajectoires, on découvre un mode opératoire quasi identique, une mécanique politique bien huilée par le pouvoir central de Kinshasa pour écarter les chefs des exécutifs des provinces sans passer par la brutalité d’une destitution directe.

Élu en 2016 à la tête du Lualaba, vitrine minière de la RDC, Richard Muyej (fidèle de Joseph Kabila) a régné en maître sur le développement de Kolwezi. Pourtant, en 2021, il est convoqué à Kinshasa, officiellement pour des raisons médicales puis institutionnelles. Il y est bloqué et retenu pendant près de deux ans, tandis que sa vice-gouverneure, Fifi Masuka, assure un intérim de fer aligné sur Kinshasa. Isolé, affaibli politiquement et poussé au bout du rouleau institutionnel, Muyej finit par capituler et dépose sa démission officielle le 10 janvier 2023 pour, dit-il, « donner une chance à la gouvernance de retrouver sa légitimité ».
Le scénario s’est répété à l’identique pour Jacques Kyabula Katwe. Aux commandes du Haut-Katanga depuis 2019, d’abord sous le giron kabiliste puis converti à l’Union Sacrée de Félix Tshisekedi, Kyabula a vu son horizon s’assombrir ces derniers mois. Convoqué dans la capitale pour des consultations, son absence prolongée de Lubumbashi a plongé la province dans un flou de gouvernance, attisant les critiques de la population et des partis d’opposition face à la crise sécuritaire croissante. Ce 21 mai 2026, constatant l’impasse, il a jeté l’éponge à son tour par une lettre au Chef de l’État.
L’examen croisé de ces deux cas met en lumière des similitudes fondamentales. Le point commun final réside dans le ton de leur départ. Qu’il s’agisse de Muyej en 2023 ou de Kyabula en 2026, tous deux ont pris soin de réaffirmer leur loyauté au Chef de l’État dans leur lettre de démission, se disant prêts à « servir la République sous d’autres formes ». Une politesse républicaine calculée pour éviter d’éventuelles poursuites judiciaires et négocier un futur rebond politique. Une page se tourne à Lubumbashi, mais la méthode, elle, demeure immuable.
La_Taupe

